mardi 26 février 2008

Le Double



« Lewis Carroll a vu son moi comme dans une glace mais il n'a pas cru en réalité à ce moi, et il a voulu voyager dans la glace afin de détruire le spectre du moi hors lui-même avant de le détruire dans son corps même, mais c'était en même temps en lui-même qu'il expurgeait le Double de ce moi. »1




Ce propos, pour sibyllin qu’il pourrait paraître, illustre à la perfection tout ce que nous pourrions essayer de dire au sujet du double. Le double qui apparaît signifie d’abord un dédoublement, l’impossible contemplation de soi par soi. Un regard intérieur qui ne peut jamais saisir ce qu’il est, puisqu’il faudrait qu’il soit instantané à lui-même… Vieux phantasme également de celui qui voudrait se contempler avant sa naissance et après sa mort : une pensée présente dans l’absence. On ne peut se penser qu’au passé et au futur et le double, lui, est un reflet du présent, mais cette réflexion est fictive.

1. Antonin Artaud, « Variations à propos d’un thème d’après Lewis Carroll » in Nouveaux écrits de Rodez, Paris, Gallimard, L’Imaginaire, 2007, p. 138.

3 commentaires:

Fauna Amor a dit…

Dans mon coin de Bretagne, certaines très vieilles personnes de mon enfance avaient peur des miroirs. Elles racontaient que lors d'un grand chagrin, notre double pouvait sortir du miroir pour prendre notre place, alors si on pleurait, il ne fallait surtout pas rester devant. Ces vieilles personnes avaient du entendre parler des Döppelgangers.
Pour étranges que les mots d'Artaud puissent paraitre, si je ne saurai les expliquer ou autre, je crois que ce n'est pas dans la tête, mais dans a chair que je les comprends.

Vanessa a dit…

"Les miroirs et les chaines" de Francis Garnung aura une lecture particulière grâce à ce billet... je relis le passage pour le plaisir...

Holly Golightly a dit…

Je vois ce que tu veux dire, mon Amie, et d'une certaine manière je l'éprouve aussi.

Vanessa, jolie demoiselle, j'avais laissé passer ton commentaire ! Je n'ai pas lu ce livre et je le ferai, bien entendu. Merci.