mercredi 4 février 2009
Métamorphoses
mardi 22 avril 2008
Nouveautés
L'un un peu ancien (publié en 1984), épuisé je crois, et qui me semble une source intéressante et fiable pour celui qui veut découvrir aussi bien la vie de Charles Lutwidge Dodgson que celle de Lewis Carroll. Jean Gattégno a beaucoup oeuvré pour le héros de ces pages, comme vous le savez très certainement si vous vous intéressez un peu à Carroll.

Lewis Carrol : une vie / Jean Gattégno. - Paris : Seuil, 1984. - 311 p. : ill. ; 19 cm. - (Points. Biographie. 06). - Bibliogr. ISBN 2-02-008501-1.
Le livre est découpé selon des thèmes, classés par ordre alphabétique et abondamment développés : Juvelinia, Enfance, Mathématiques, Argent, Bégaiement, etc.
L'autre livre est édité chez Michel de Maule :
Les lettres originales sont reproduites sous forme de fac-similé et traduites en français. Tout est imprimé avec de l'encre violette. Ouvrage soigné, d'après mes premières impressions, mais les fac-similés donnent l'impression d'être de mauvaises photocopies. Ceci dit, le livre est fort intéressant.
J'ai eu peu de temps ces derniers mois pour mettre à jour ce journal dédié à Lewis Carroll, mais je crois que, dans quelques mois, mon temps va s'assagir et que je pourrai revenir poster mots et merveilles ici. Je l'espère ardemment.
mardi 26 février 2008
Le Double


lundi 29 octobre 2007
Autres clichés
Julia Margaret Cameron (1815-1879)Alice Liddell, 1870, Île de Wight, Julia Margaret Cameron Trust, Freshwater Bay.
samedi 7 avril 2007
Autour d'Alice tourne le monde
Je crois qu'elle s'appelle Louise, bien que les prénoms Alice ou Estrella lui conviendraient mieux.
J'ai acheté, hier, trois de ses oeuvres. J'ai eu envie d'abriter dans mon univers un peu du sien et j'aime l'idée que mon petit geste lui permettra de continuer à créer.
Vous pouvez également acheter ses créations via sa boutique dont vous trouverez l'adresse sur son journal en ligne, qui s'intitule tout simplement, Art and Ghosts.
Greg, dénicheur de curiosités magnifiques, avait extrait de sa page hébergée sur Flickr une de ses poupées mises en scène et j'ai suivi la trace de cette artiste qui fait cliqueter en tout sens mon inconscient, sans que je puisse expliquer les tenants et les aboutissants de cette passion qui égorge souffrance et plaisir dans la vision que nous avons d'elle, à travers les trois ou quatre séries qu'elle nous offre, et qui ne laisse au final qu'une forme d'émerveillement crevé dans le coeur et l'esprit. J'ai choisi de déposer un léger rai de lumière pailletée sur son travail autour du personnage d'Alice, puisque vous savez bien que cette page ne parle que de M. Lewis Carroll / Charles Dodgson et de son oeuvre.
Il est facile d'évoquer les contes de fées, un manteau d'ombre et de sang, une tendance cauchemardesque hoffmanienne ou gothique en regardant ces divers photomontages, qui sont presque des tableaux classiques parfois, mais je crois que son originalité n'a pas de nom. J'ai passé deux heures hier en sa compagnie, hypnotisée devant les diverses photographies de cette jeune femme, avant de comprendre que ce qui me fascinait tant n'était rien d'autre que mon état d'âme, le reflet de mes maux et de leur guérison qui s'égrenait, narcissique, d'image en image.
Non, je n'aurais pas la prétention de penser que je possède une once de son talent, mais ce que j'écris dans mes fictions comporte le genre d'images qui vivent dans ses créations. L'effroi est toujours feuilleté avec la sucrerie et le sang se mélange aux larmes et à la sève qui tombe goutte à goutte de l'arbre d'enfance. Il en va de même avec l'oeuvre de Carroll et c'est bien la raison pour laquelle elle se prête si bien à toutes les interprétations, y compris et sutout celles qui proviennent des catacombes de notre esprit.









Je ne suis guère étonnée que, dans ses influences, elle reconnaisse une dette envers l'Alice (Cf. le billet de Florizelle) de Jan Svankmajer, aux The Quay Brothers (des jumeaux qui vivent ailleurs)
ou encore qu'elle aime le film Innocence de Lucile Hadzihalilovic (découvert, pour ma part, grâce à Fauna). 
Il existe un lien évident entre toutes ces oeuvres qui s'ouvrent sur un abîme intérieur et dont l'ambiguïté nous oblige à nous regarder dans le miroir de notre inconscient.
Le cinéma tchèque n'est, hélas, pas assez connu en France. Il demeure, néanmoins possible de découvrir le chef-d'oeuvre dont je vous parle plus haut.
Le DVD neuf est disponible sur amazon.fr, via Market Place. Je ne connais pas d'autres endroits où il vous sera possible de l'acheter. Tout ce que je sais, c'est qu'il est nécessaire de voir ce film, non seulement pour sa poésie intrinsèque, mais aussi pour tous ceux qui aiment Alice, car il nous livre comme la version sous-jacente à l'oeuvre de Lewis Carroll ou son négatif.
Dans le même ordre d'idées, qui est celui du souterrain et du lumineux, de l'abyssal, voire du stomacal, il faut rendre hommage au film de Terry Gilliam, d'après le roman éponyme de Mitch Cullin.

"En soulevant les cailloux les uns après les autres j'ai fredonné la chanson. La femme-fantôme allait trouver mon signe universel de l'amitié et ça la ferait sans doute rire, ou au moins sourire. Elle se mettrait à siffler sa jolie mélodie, pleinement consciente que quelqu'un se souciait d'elle. Je prévoyais de revenir le lendemain, voir ce qu'elle aurait fait avec les cailloux cette fois. Mais ça ne s'est pas passé comme ça."
Et si Alice était finalement, ici et là, la figure de l'enfance abandonnée à elle-même, négligée et estropiée par des adultes inconsidérés ? Alice est peut-être une image de l'ange éternel, qui porte aussi le beau nom d'imagination, et qui demeure en chaque enfant en danger pour le sauver du monde, triste, vaniteux et faux des grandes personnes. Celles-ci ont tellement perdu leurs facultés d'imagination, n'en étant plus dignes car elles connaissent soudain la peur - véritable raison de la chute originelle selon moi - qu'elles en recherchent les effets dans des paradis dits artificiels pour affronter ce qui est très naturel aux enfants, la mort. Oui, la mort ne choque pas les enfants autant que nous, jusqu'à un certain âge en tout cas, qui est celui dit "de raison" (sept ans environ) et pour certains d'eux, chanceux, le prodige dure encore plus longtemps... Il semble que ce soit le cas de Jeliza, contrairement à son double inversé, la sorcière de ce conte baroque qui empaille tout ce qui meurt par terreur de l'enfouissement et de la décomposition.
Ne pas oublier que la mort est la mère très attentionnée de l'imagination. En grandissant nous repoussons la première, sans savoir que ce rejet nous fait perdre notre seule défense ou échappatoire face à elle : le jeu, le faire-comme-si, Neverland, l'île au trésor, le terrier... L'imaginaire roi.
lundi 19 février 2007
Photographies variées
Penelope Boothby. Tableau de Joshua Reynolds (je suis en extase devant l'innocence de ses portraits) dont s'inspira Charles Dodgson pour l'une des photographies présentées ici en diaporama. Cette petite fille mourut à l'âge de six ans, en 1791. L'histoire dit qu'après ses funérailles ses parents ne s'adressèrent plus jamais la parole... Elle était la fille de Sir Brooke Boothby.
James Sant est un peintre aimé par Dodgson/Carroll et l'on devine pourquoi. Il y a dans ses portraits une simplicité directe qui s'adresse sans détours à la sensibilité de celui qui peut contempler sa peinture. Les photographies de Dodgson sont de cette eau.
Henry Holiday possède un style qui s'accorde particulièrement bien avec l'extravagance absurde de La chasse au Snark.

dimanche 7 janvier 2007
Arthur Rackham et Alice
Pour l'heure, je gratifie le lecteur bienveillant des illustrations du merveilleux Rackham. Tout le monde les connaît mais il est toujours doux de les revoir. Si vous cliquez sur les images, elles s'agrandiront.Chronicle Books a édité une reproduction de ces illustrations avec le texte de Lewis Carroll. Le livre n'est pas toujours aisé à trouver en état neuf, mais je ne crois pas qu'il soit épuisé.
En cela, il m'est avis que le travail de Rackham est davantage en harmonie avec Barrie qu'avec Lewis Carroll, qui est certainement plus cérébral et abstrait que Jamie, et se trouve toujours trahi par l'image censée ouvrir une fenêtre dans son univers à la syntaxe déconstruite et sans cesse reconstituée d'un mot l'autre.
La vision de Tenniel est différente, cependant je crois qu'elle ne peut qu'échouer tout autant, malgré sa beauté et son utilité - réduire en tout état de cause le signifiant béant de l'oeuvre carrollienne.
Je cite ici Marc Thivolet, dans son article pour L'Encyclopaedia Universalis, car ses propos sont d'après moi très justes : " Les gravures réalisées pour le livre de Carroll révèlent en Tenniel un illustrateur et un caricaturiste. Ses illustrations pour Alice sont devenues pour la plupart des lecteurs indissociables de cette œuvre. On peut dire qu'elles constituent une sorte de garde-fou. Elles imposent à un texte sans précédent dans l'histoire de la littérature une convention issue de l'expérience de la caricature. Un conflit opposa l'illustrateur à l'auteur à propos de la représentation du personnage d'Alice. Le passage de la lecture du texte à sa transposition dans le domaine de l'image restreint singulièrement l'apport verbal de l'écrivain anglais et son pouvoir de contagion. En effet, les illustrations de Tenniel insistent sur la fonction « imageante » de l'écriture et nous montrent des personnages figurés dans un espace-temps semblable au nôtre alors que Carroll s'affranchit précisément de ces limitations. Dans la réduction qu'opère Tenniel, le nonsense du récit est conjuré par la fixité de formes qui recréent une pseudo-familiarité."
On remarquera la différence majeure qui existe entre l'Alice de Sir John Tenniel et celle de Rackham. Celle d'Arthur Rackham paraît plus réservée et mieux éduquée que celle de Tenniel, (Cf. ses illustrations ici, par exemple) qui a une allure plus vagabonde et polissonne. Celle-ci est davantage petite fille, quand la demoiselle pointe le bout de son nez dans les façons de l'autre.mercredi 20 décembre 2006
Money ! Money !
La BBC (radio) a proposé une émission fort intéressante concernant Lewis Carroll et son rapport à l'argent. Vous pouvez l'écouter pendant quelques jours encore ici. Vite ! Vite ! Vite!Ceux qui connaissent peu ou prou la vie de Lewis Carroll savent qu'il a toujours défendu âprement ses droits en tant qu'auteur et qu'il avait sans doute mis au point un système de comptabilité (je l'imaginais) assez performant (presque autant que celui qui lui permettait de "gérer" sa correspondance abondante) - ce qui paraissait très naturel pour ce mathématicien et logicien hors pair. Cependant, il semblerait que ce trait de caractère dépeint par ses biographes ne soit pas si réaliste que cela... L'émission nous apprend que Carroll n'était pas tellement au fait des rentrées et des sorties de son compte en banque... S'il payait ses dettes, il n'était pas très empressé de préserver ses ressources ou de devenir riche.
Pire, à un moment de sa vie, une énorme somme fut dilapidée. Elle aurait pu l'autoriser à acheter une maison mais nul ne sait la raison de cet envol des biffetons.
Nous n'ignorons pas, cependant, à quel point ses fameux diaries ont été censurés, ainsi que sa correspondance, par sa famille très pointilleuse et, peut-être, un tantinet paranoïaque. Mais c'est peut-être un bien pour un mal, car notre époque suspicieuse aurait peut-être trouvé à redire là où il n'y a rien de malhonnête ou de vicieux...
C'est pourquoi la biographie (publiée seulement onze mois après la mort du grand homme, en décembre 1898) de son neveu, S. Dodgson Collingwood, pour intéressante qu'elle soit, omet de nombreux points. Peut-être par peur d'un possible scandale, bien qu'il ne me semble pas que Carroll ait pu rougir de son existence. En tout état de cause, il manque environ quatre volumes complets de ses journaux et dix-sept pages auraient été arrachées à ceux qui subsistent. Si ce n'est pas sa famille qui commis cet acte criminel, et si ce n'est pas Lewis Carroll en personne comme il semble avéré, qui est l'auteur de cette mystérieuse disparition ?
Nous aurons l'occasion d'en reparler ici, mais pour l'heure il s'agit d'une autre énigme, même si les deux phénomènes sont possiblement liés.
Carroll était sinon un flambeur, du moins quelqu'un qui était souvent dans le rouge. Entre septembre 1883 et janvier 1885 (il avait 53 ans), il fut constamment à découvert. Il est raisonnable de penser qu'il aurait donné d'importances sommes à quelqu'un. A un certain Monsieur Dymes, qu'il n'aimait pas (mais il aimait sa grande famille, sans pour autant prêter un intérêt particulier aux enfants) et qu'il aurait rencontré lors de vacances... Ce Monsieur Dymes est décrit comme une sorte de Micawber (clin d'oeil à mes lecteurs dickensiens).
C'est une journaliste qui a retrouvé les relevés des comptes bancaires de Carroll (de 1856 jusqu'à sa mort) et les a fait publier.
Cf. Lewis Carroll in His Own Account: The Complete Bank Account of the Rev. C.L. Dodgson,
Ed. Jabberwock Press, 2005.
Site internet de l'auteur, qui possède également un blog.mercredi 6 décembre 2006
Une édition d'Alice illustrée...

Il y a quelques mots mon ami anglais, Robert, m'a envoyé quelques images de ce volume. Observez attentivement les extraits. J'espère que vous éprouverez les mêmes fourmillements de contentement sur la pointe des doigts, piaffant à l'idée de tourner les pages.
Nombreux furent ceux qui dessinèrent Alice et lui apportèrent, chacun, une part de leur univers. Illustrer l'oeuvre majeure de Lewis Carroll, c'est à la fois offrir une autre lecture d'Alice mais aussi dessiner une nouvelle porte par laquelle entrera le lecteur. Le plus grand espoir que l'on puisse concevoir est qu'il se perde, même et surtout s'il se croit en territoire connu.
Vous pouvez agrandir les images en cliquant dessus.
[Ayant en apparence délaissé cette page, pendant un petit moment (en réalité, j'explore l'oeuvre), je compte à nouveau la nourrir avec des billets tout frais sortis de l'oeuf dans très peu de temps. Un des prochains billets sera consacré à la vivisection, car Lewis Carroll a écrit un texte très intéressant sur ce sujet. A très vite.]
lundi 9 octobre 2006
Béatrice

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On y lit le regret des heures passées, la menace imprécise d'un monstre qui ne dit pas son nom et qui pourrait abîmer et engloutir l'enfant. S'agit-il d'un adulte ? S'agit-il du temps qui passe et qui fait nénamoins acte de reddition devant la beauté fantomale et irréelle de l'enfant ?
Deux ombres dans ce poème se disputent la lumière de notre esprit : une enfant de chair et de sang et son double angélique (l'image mortelle et celle, immortelle, d'un même être ?), qui, parfois, se confondent l'espace d'un instant. Très étrange texte qui amène le trouble dans l'esprit du lecteur...
Béatrice
Dans ses yeux la vivante flamme éclaire
C’est celle d’un voyageur sur terre
A la verticale, au-delà des cieux, il se tient
Les étés se disaient cinq et sont toute la durée
Les étés se disaient cinq depuis que le Temps s’est égrené
Afin de dissimuler dans les brumes de l’humaine nuit
La naissance d’un ange
Un ange voit-il à travers ses yeux ?
S’enfuira-t-elle, soudain, d’un bond, au loin ?
Et s’élèvera-t-elle vers son foyer dans les cieux ?
Béatrice ! Bienfait répandu et bénédiction reçue !
Béatrice ! Toujours je te regarde
De deux tendres demoiselles surgissent les visions
Entrelacées sur la trame du temps passé
D’une Béatrice pâle et sévère
Les lèvres disent un désespoir
Les yeux innocents qui aspirent
Qui aspirent aux tendres heures de la vie
Loin du chagrin et loin du conflit
Car les étés heureux jamais ne reviennent
En ce temps-là, le monde semblait bon et beau
D’une Béatrice glorieuse et vive
D’une demoiselle sanctifiée, éthérée
Dont les yeux bleus sont de profondes fontaines de lumière
Elle réconforte le poète qui rumine à l’écart
Elle remplit de joie son cœur désolé
Telle la lune, lorsqu’elle luit, à travers la nuit limpide
Sur un monde de silence et d’ombres
Et les visions tremblent et s’effacent peu à peu
Et les visions disparaissent au loin
Tout ce que mon imagination est ravie de peindre
Elle est à mes côtés : une enfant plein de vie
Joie rougeoyante et boucles indisciplinées
Ni martyr pâle comme la mort ni saint radieux
Et pourtant pure et lumineuse comme eux
Car je crois que si un sinistre monstre sauvage
Venait à sortir de son antre charnier
De sa jungle-foyer dans l’Est
S'il rampait furtivement et retenait son souffle
S'il rampait avec les yeux de la mort
Il oublierait tout à fait son rêve de festin
Et se ramasserait à ses pieds dans la position de l’esclave
Elle enroulerait sa main autour de sa crinière
Elle babillerait d’un ton argenté
Sa voix serait le tintement de la pluie d’été
Elle le questionnerait de ses yeux rieurs
Elle le questionnerait sous l’emprise d’une allégresse déconcertante
Jusqu’à ce qu’elle eût attrapé à nouveau dans ses yeux féroces
L’amour qui a allumé les siens
Soyez assurés que si un cœur sauvage
Sous le masque de l’humain
Était ici sur le point de la déchirer
Lié par un sombre et mortel exploit
Dépêchant impitoyablement le passé
Il fléchirait soudain, soudain empreint d’une culpabilité naissante
Face à la pureté de ses yeux bleus
Que nenni ! Soyez assurés que si un bel ange
Un lumineux séraphin immaculé
Etait sur le point de s'infléchir du haut des cieux impénétrables
Elle s’attarderait volontiers dans un joyeux étonnement
Elle s’attarderait au bord de son amour à réfléchir et à contempler
L’amour et le souci d’une sœur se pencheraient
Sur une heureuse et innocente enfant
(4 décembre 1862)
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« Le poète est lui-même un traducteur d'une espèce singulière, qui traduit le discours ordinaire, modifié par une émotion, en langage des dieux. Le travail de traduire, mené avec le souci d'une certaine approximation de la forme, nous fait en quelque manière chercher à mettre nos pas sur les vestiges de l'auteur ; et non point façonner un texte à partir d'un autre ; mais de celui-ci, remonter à l'époque virtuelle de sa formation, à la phase où l'état de l'esprit est celui d'un orchestre dont les instruments s'éveillent, s'appellent les uns les autres, et se demandent leur accord avant de former leur concert. C'est de ce vivant état imaginaire qu'il faudrait redescendre, vers sa résolution en œuvre de langage autre que l'originel. »
Valéry dans la préface des Bucoliques
lundi 18 septembre 2006
Les lacunes d'Alice Pleasance Liddell
Cette idée, pour romantique qu'elle fût, n'est en rien fondée. Il est probable qu'on ne saura jamais ce qu'il en fut.
Ce qui, en revanche, est certain est que la mère de la jeune Alice (1852–1934), alors âgée de onze ans (tandis que Lewis Carroll en avait trente-trois) détruisit toutes les lettres que l'auteur avait adressées à sa fille. Seules quelques-unes ont survécu à cette tempête maternelle.
Les mères sont toujours excessives quand il s'agit de leur progéniture, positivement ou négativement. On devrait inventer une loi pour protéger les enfants contre les abus de pouvoir des matrones.
En 1932, Alice évoquera le passé et dira ceci : "Je ne peux me souvenir de ces lettres, mais c'est une horrible pensée pour moi de songer qu'elles aient pu périr dans la corbeille à papier de presbytère. "
Pourquoi la mère d'Alice a-t-elle agi ainsi ? Craignait-elle une passion interdite ? Est-elle, tout simplement, jalouse ?
Personne n'est en mesure de répondre à cette question. Le mystère est d'autant plus épais que les passages du Journal de Carroll, qui correspondent précisément aux mois de proximité intense avec la famille Liddell, cette période qui a conduit à l'écriture d'un chef-d'oeuvre, sont manquants (du 18 avril 1856 à mai 1862). Il faut dire aussi que la censure du neveu Collingwood est aussi passé par là...
Une rupture définitive se produisit entre les Liddell et Lewis Carroll en juin 1863.
Toutefois, au fil des ans, même s'ils ne se rencontraient plus, Lewis Carroll ne cessa d'envoyer des cadeaux à Alice.
Une lettre tardive (je ne suis pas l'auteur de la traduction ni de celle du passage suivant cité), datée de l'année 1885, à propos de la publication de la première version d'Alice (Les Aventures d’Alice sous terre) :
Ma chère Mrs. Hargreaves [Alice est alors âgée de 33 ans et est mariée],
J’imagine que la présente lettre, après tant d’années de silence, va vous parvenir presque comme une voix d’entre les morts. Pourtant, ces années-là n’ont pas réussi à affaiblir en quoi que ce fut la clarté de mon souvenir des jours où nous correspondions. Je commence à éprouver combien la mémoire défaillante d’un vieil homme est infidèle en ce qui concerne les récents événements et les nouveaux amis (par exemple, je me suis lié d’amitié, voici quelques semaines, avec une très charmante petite fille d’environ douze ans, avec qui je fis une promenade ; et maintenant, je ne parviens plus à me rappeler aucun de ses nom et prénoms !), mais l’image en mon esprit est plus vivace que jamais de celle qui fut, à travers tant d’années, mon idéale amie-enfant. Depuis votre temps, j’ai eu des vingtaines d’amies-enfants, mais avec vous, ce fut tout différent. Cependant, ce n’est pas pour dire tout cela que je vous écris cette lettre. Voilà ce que je veux vous demander : verriez-vous un inconvénient à ce que l’on publiât en fac-similé le cahier manuscrit original (que vous possédez toujours, je le suppose) des Aventures d’Alice ? L’idée de cette publication ne m’est venue que l’autre jour. Si, toute réflexion faite, vous en veniez à conclure que vous préféreriez que l’on s’en abstînt, cela mettrait fin au projet. Si, au contraire, vous me donniez une réponse favorable, je vous serais grandement obligé de bien vouloir me prêter le cahier (je pense qu’un envoi par lettre recommandée donnerait toute sécurité) afin que je puisse envisager toutes les possibilités de réalisation. Cela fait vingt ans que je n’ai vu ce manuscrit, de sorte que je ne suis nullement certain que les illustrations ne vont pas se révéler si horriblement mauvaises qu’il serait absurde de les reproduire. Il n’est pas douteux que j’encoure l’accusation de vulgaire narcissisme en publiant un tel ouvrage. Mais je ne m’en soucie pas le moins du monde, sachant qu’il n’existe pas chez moi pareille faiblesse ; simplement, considérant l’extraordinaire popularité qu’ont eue les volumes (nous avons vendu plus de 120 000 exemplaires des deux livres), je pense qu’il doit y avoir un grand nombre de personnes qui aimeraient voir Alice sous sa forme originale. Je reste votre ami fidèle.
C. L. Dodgson
Alice Liddell a raconté ses souvenirs dans The Cornhill Magazine, en Juillet 1932 : " Nous allions chez lui escortées de notre gouvernante. Nous prenions place sur un grand sofa. Il s’installait entre nous et, tout en nous racontant des histoires, il dessinait avec un crayon ou une plume. Quand il nous avait bien amusées, il nous faisait poser et il prenait ses photographies avant que nos expressions aient eu le temps de changer. II semblait avoir une réserve inépuisable d’histoires fantastiques, qu’il inventait au fur et à mesure tout en dessinant sans arrêt sur une grande feuille de papier. Ses histoires n’étaient pas toujours complètement inédites. Parfois, il nous donnait une variante d’une histoire déjà racontée, parfois il débutait sur quelque chose que nous connaissions mais, en se développant, l’histoire, fréquemment interrompue, changeait du tout au tout et de façon inattendue. Quand nous allions en excursion sur la rivière avec Monsieur Dodgson, ce que nous faisions tout au plus quatre ou cinq fois au cours du trimestre d’été, il emportait toujours un panier plein de gâteaux et une bouilloire qu’il faisait chauffer sur un feu de brindilles. Plus rarement nous partions pour une journée entière, et alors il emportait toutes sortes de provisions - du poulet froid, de la salade et des tas de bonnes choses. Ce que nous aimions le mieux, c’était de remonter à la rame jusqu’à Nuneham et de pique-niquer sous bois dans l’une des huttes construites à cet effet par Monsieur Harcourt. Monsieur Dodgson, à Oxford, était toujours vêtu de noir, comme un pasteur, mais, quand il nous emmenait sur la rivière, il portait des pantalons de flanelle blanche. Il remplaçait son chapeau noir par un chapeau de paille, mais, naturellement, il gardait ses chaussures noires, parce qu’à cette époque les tennis blancs n’avaient pas été inventés. Il se tenait toujours très droit, plus que très droit même, il avait l’air d’avoir avalé un manche à balai. . . "
Il me semble que l'on perçoit, dans ce dernier témoignage, la fragile ligne de démarcation entre Dodgson et Carroll, même si elle n'est symbolisée que par un changement de costume.
La lettre de Carroll à Alice est empreinte de tendresse et d'une triste résonance. Le neveu-biographe de Dodgson-Carroll dira que cette séparation a jeté à jamais une ombre sur la vie de son oncle...
[Crédit photo : Alice Liddell photographiée par J.M. Cameron sous les traits d'Alètheia
¢l»qeia
Eclat d'une biographie
"Les raisons du refus à admettre la paternité des livres de Lewis Carroll, dans le voisinage oxfordien du professeur Dodgson, sont tout à fait légitimes. Après tout, aucun de ses collègues n'écrivaient de livres à l'intention des enfants, et ils le fixaient déjà d'un air très suspicieux. Mais il n'hésita jamais à user de livres - notamment Alice - en guise de carte de visite auprès des enfants, comme s'il disait : Peut-être bien que je ressemble à Monsieur Dodgson mais, si vous me regardez à nouveau, vous verrez Lewis Carroll et, si vous regardez encore et que vous roulez des yeux comme des billes, vous verrez Alice. Ou, peut-être, sortait-il ses diverses personnalités de son petit sac noir, à la manière d'un prestidigitateur - et il en était un ! Il était le révérend Dodgson, aucun doute à ce sujet, et devenait Carroll, quand il ouvrait son sac, pour extirper des jeux, des jouets et des photos destinés à ses amis-enfants, et que tout le petit peuple des fées émergeait soudain."
(trad. C.-A. F.)
Ce livre est de ceux qui me paraissent mériter une lecture, bien que ses conclusions quant à l'attrait de Lewis Carroll pour les petites filles soient inacceptables et complètement hors de propos.
J'ai toujours pensé que ceux qui voient le mal, là où il n'existe pas, en disent davantage sur leurs penchants d'accusateur que sur ceux qu'ils jugent sans légitimité... Et notre société est tellement décadente qu'elle n'autorise plus la pensée de l'innocence. A moins que cette dernière ne représente la subversion suprême.
Je recenserai les autres ouvrages prochainement.
Ceci évitera peut-être à certains d'écrire des sottises sur le compte de Lewis Carroll et du Révérend Dodgson. J'en ai encore lu récemment sur le net... Non, je ne vous donnerai pas d'adresses ! N'insistez pas ! La colère est mauvaise pour ma santé.
vendredi 15 septembre 2006
Clichés d'un préraphaélite
Charles écrivit la lettre suivante à Christina :
7 Lushington Road, Eastbourne,
Le 16 août 1882,
Chère Mademoiselle Rossetti,
J'ai appris par les journaux le chagrin qui s'est abattu sur vous. Je vous offre, ainsi qu'à votre famille, toute ma sincère compassion. Les négatifs de mes photographies sont en sûreté à Christ Church et je crains de ne pouvoir rien faire avant mon retour, dans le courant de la seconde quinzaine du mois d'octobre. Je vous enverrai alors, à ce moment-là, tous les négatifs et les photographies qui existent. Je suis vraiment désolé que vous ayez à attendre aussi longtemps.
C'est un de mes lieux de prédilection et j'y passe d'agréables moments. Je dois vous avouer qu'il s'agit de la treizième lettre que j'ai été mis en devoir d'écrire aujourd'hui, ainsi j'espère que vous me pardonnerez ma brièveté.
J'adresse toute mon amitié à votre mère.
Sincèrement vôtre,
C. L. Dodgson
(Trad. C.-A.F.)
Dodgson revint à Christ Church le 16 octobre. Il envoya à Christina cinq photographies ainsi que la promesse de lui remettre en main propre les négatifs, car il n'avait pas assez confiance dans les services postaux - ce dont il ne s'acquitta en effet plus tard.




























