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mardi 12 septembre 2006
Walter De la Mare : note
Walter de La Mare (1873-1953) a écrit un très petit essai, charmant et pertinent, qui gravite autour de la figure de Lewis Carroll. Il dresse, en outre, un rapide panorama impressionniste de la "littérature jeunesse" et du nonsense.Je retiens en premier lieu cette considération :
« L'ère victorienne fut riche de ces personnages exotiques. Les modernes que nous sommes s'en amusent. Nous les avons fait sécher et décolorer dans des herbiers. Nous oublions de nous souvenir que beaucoup de nos plus admirables fleurs sont également des plantes de serre et nous souffrirons aussi, un jour, d'une semblable dessiccation. Mais il reste une fleur sauvage victorienne, qui n'autorise aucune condescendance absurde : nous l'appelons le Nonsense. À la différence des autres "activités" de l'époque, cette pensée sauvage ensemencée de rires, cet indéfinissable croisement entre l'humour, la phantaisie* et une douce déraison a prouvé son ancrage profond et demeure vivante et enchanteresse**. (...) Personne, pas même parmi ses plus aimables défenseurs, ne pourrait nier que le début du XIXe siècle manifeste un état d'esprit condescendant envers les enfants. Cette façon de se comporter est semblable à une lanterne qui n'éclairerait pas. Les excès sécrètent leurs propres antidotes.
Les mères et les pères, qui ont été élevés au porridge avec une pincée de sel en guise d'aromate, sont à même de comprendre que le miel est aussi un don de la nature. Pourtant, les écrivains qui lorgnent du côté de la nursery, et bien après que William Blake ait chanté l'innocence**, demeurent convaincus, pour la plupart, que ce qui est bon pour la jeunesse doit être déplaisant !"
(Trad. Céline-Albin Faivre, souligné par l'auteur)
* Walter de La Mare parle de "phantasy" au lieu de "fantasy". Je suis pleinement en accord avec lui quant à la graphie. J'ai écrit ceci, ailleurs :
Nous n’apprécions guère la dénomination de « fantasy », qui désigne généralement, dans notre culture, cette littérature du merveilleux plus particulièrement anglo-saxonne. Nous lui préférons volontiers celle-ci : «phantaisie» qui a le mérite de nous rapprocher de son étymologie grecque si éclairante.
La phantaisie désigne donc un état d'esprit teinté par l'imaginaire, une faculté, une disposition propice à l'inventivité, puis l'oeuvre dans laquelle elle s'incarne et qui la reflète. La phantaisie ou l'imagination est ce que Shakespeare nommait si justement « l’œil de l'esprit ».
** "Fragrant" signifie aussi "odorant".
*** Référence aux fameuses Songs of Innocence and Experience. Les chants de l'innocence et Les chants de l'expérience mettent en parallèle les deux états contradictoires de l'homme. L'enfance y est décrite comme le moment le plus proche de la béatitude éternelle, un moment à jamais perdu et violenté par l'âge adulte. Le prochain billet qui sera consacré à un poème de Lewis Carroll dit ce sentiment.
À l'instar de Barrie ou de Tournier, Lewis Carroll pense que 12 ans est LA limite.
12 ans. L'acmé, la perfection. Je ne suis pas loin d'acquiescer.
Peu nombreux sont ceux qui survivent à leur enfant intérieur et qui ne cèdent pas, pour ce faire, à la tentation de le perdre dans l'obscure forêt de la mémoire... De plus, ces héros de l'enfance n'osent pas toujours assumer cette victoire.
Il explique à propos de Lewis Carroll qu'« Il était si méticuleux (...) quant au choix d'un frontispice pour À travers le miroir qu'il demanda leur avis à environ à trente de ses amies mariées, avant de décider, en dernière instance, de conférer cet honneur au Roi Blanc. (...) Carroll, pendant son enfance, s'était déjà aventuré aux frontières du Pays des Merveilles. De même, les quatre premiers vers du Jabberwocky, qui furent ensuite étendus jusqu'à vingt-huit, un soir de fête, apparurent dans Le Parapluie du presbytère sous le titre de "Strophe de poésie anglo-saxonne", accompagné du glossaire de tous les termes qui le composent.
Rarement un enfant a laissé aussi clairement entrevoir l'homme en devenir. Cette ingéniosité à l'affût d'aventures, ce talent qui s'exprime par l'alliance si bien choisie des mots, ce ravissement provoqué par la logique et les mathématiques, cette passion pour les inventions, ce penchant pour les calembours, les énigmes , les parodies et ce genre de double registre du langage et de la pensée devaient occuper les jours de travail et les heures de repos de Dodgson, pendant les quarante-sept ans (dès 1851) qu'il passa à Christ Church.» (Trad. C.-A.F.)
Sans être essentiel, cet essai livre quelques idées joliment mises en pli.
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- Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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