Affichage des articles dont le libellé est Alice Liddell. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Alice Liddell. Afficher tous les articles
lundi 29 octobre 2007

Autres clichés

Une très belle photographie d'Alice par Julia Margaret Cameron, prise à l'île de Wight, extraite du livre Les femmes qui lisent sont dangereuses, Ed. Flammarion. J'enquête sur le séjour d'Alice en ce lieu.


Julia Margaret Cameron (1815-1879)

Alice Liddell, 1870, Île de Wight, Julia Margaret Cameron Trust, Freshwater Bay.

Portrait de Lewis Carroll par Gustav Rejlander :


 Clichés de Lewis Carroll :








issus de ce livre magnifique dont je dépose ici la couverture.




Cet ouvrage est le catalogue de l'exposition qui s'est tenue à San Francisco, au Museum of Modern Art.
lundi 18 septembre 2006

Les lacunes d'Alice Pleasance Liddell

Certains ont émis l'hypothèse que la froideur qui s'installa entre l'écrivain et sa jeune amie fut consécutive à une demande en mariage repoussée (Cf. le texte de Brassaï dans le Cahier de l'Herne correspondant). Cette idée, pour romantique qu'elle fût, n'est en rien fondée. Il est probable qu'on ne saura jamais la vérité.
Ce qui, en revanche, est certain est que la mère de la jeune Alice (1852–1934), alors âgée de onze ans (tandis que Lewis Carroll en avait trente-trois) détruisit toutes les lettres que l'auteur avait adressées à sa fille. Seules quelques-unes ont survécu à cette tempête maternelle.
Les mères sont toujours excessives quand il s'agit de leur progéniture, positivement ou négativement. On devrait inventer une loi pour protéger les enfants contre les abus de pouvoir des matrones.
En 1932, Alice évoquera le passé et dira ceci : « Je ne peux me souvenir de ces lettres, mais c'est une horrible pensée pour moi de songer qu'elles aient pu périr dans la corbeille à papier du presbytère. »
Pourquoi la mère d'Alice a-t-elle agi ainsi ? Craignait-elle une passion interdite ? Est-elle, tout simplement, jalouse ?
Personne n'est en mesure de répondre à cette question. Le mystère est d'autant plus épais que les passages du Journal de Carroll, qui correspondent précisément aux mois de proximité intense avec la famille Liddell, cette période qui a conduit à l'écriture d'un chef-d'oeuvre, sont manquants (du 18 avril 1856 à mai 1862). Il faut dire aussi que la censure du neveu Collingwood est aussi passée par là...
La rupture fut totalement consommée entre les Liddell et Lewis Carroll en juin 1863.
Toutefois, au fil des ans, même s'ils ne se rencontraient plus, Lewis Carroll ne cessa d'envoyer des cadeaux à Alice.

Une lettre tardive (je ne suis pas l'auteur de la traduction ni de celle du passage suivant cité), en date de l'année 1885, à propos de la publication de la première version d'Alice (Les Aventures d’Alice sous terre) :

Ma chère Mrs. Hargreaves [Alice est alors âgée de 33 ans et est mariée],
J’imagine que la présente lettre, après tant d’années de silence, va vous parvenir presque comme une voix d’entre les morts. Pourtant, ces années-là n’ont pas réussi à affaiblir en quoi que ce fût la clarté de mon souvenir des jours où nous correspondions. Je commence à éprouver combien la mémoire défaillante d’un vieil homme est infidèle en ce qui concerne les récents événements et les nouveaux amis (par exemple, je me suis lié d’amitié, voici quelques semaines, avec une très charmante petite fille d’environ douze ans, avec qui je fis une promenade ; et maintenant, je ne parviens plus à me rappeler aucun de ses nom et prénoms !), mais l’image en mon esprit est plus vivace que jamais de celle qui fut, à travers tant d’années, mon idéale amie-enfant. Depuis votre temps, j’ai eu des vingtaines d’amies-enfants, mais avec vous, ce fut tout différent. Cependant, ce n’est pas pour dire tout cela que je vous écris cette lettre. Voilà ce que je veux vous demander : verriez-vous un inconvénient à ce que l’on publiât en fac-similé le cahier manuscrit original (que vous possédez toujours, je le suppose) des Aventures d’Alice ? L’idée de cette publication ne m’est venue que l’autre jour. Si, toute réflexion faite, vous en veniez à conclure que vous préféreriez que l’on s’en abstînt, cela mettrait fin au projet. Si, au contraire, vous me donniez une réponse favorable, je vous serais grandement obligé de bien vouloir me prêter le cahier (je pense qu’un envoi par lettre recommandée donnerait toute sécurité) afin que je puisse envisager toutes les possibilités de réalisation. Cela fait vingt ans que je n’ai vu ce manuscrit, de sorte que je ne suis nullement certain que les illustrations ne vont pas se révéler si horriblement mauvaises qu’il serait absurde de les reproduire. Il n’est pas douteux que j’encoure l’accusation de vulgaire narcissisme en publiant un tel ouvrage. Mais je ne m’en soucie pas le moins du monde, sachant qu’il n’existe pas chez moi pareille faiblesse ; simplement, considérant l’extraordinaire popularité qu’ont eue les volumes (nous avons vendu plus de 120 000 exemplaires des deux livres), je pense qu’il doit y avoir un grand nombre de personnes qui aimeraient voir Alice sous sa forme originale. Je reste votre ami fidèle.
C. L. Dodgson

Alice Liddell a raconté ses souvenirs dans The Cornhill Magazine, en Juillet 1932 : « Nous nous rendions chez lui escortées par notre gouvernante. Nous prenions place sur un grand sofa. Il s’installait entre nous et, tout en nous racontant des histoires, il dessinait avec un crayon ou une plume. Quand il nous avait bien amusées, il nous faisait poser et il prenait ses photographies avant que nos expressions eussent eu le temps de changer. II semblait avoir une réserve inépuisable d’histoires fantastiques, qu’il inventait au fur et à mesure tout en dessinant sans arrêt sur une grande feuille de papier. Ses histoires n’étaient pas toujours complètement inédites. Parfois, il nous donnait une variante d’une histoire déjà racontée, parfois il débutait sur quelque chose que nous connaissions déjà ; mais, en se développant, l’histoire, fréquemment interrompue, changeait du tout au tout et de façon inattendue. Quand nous allions en excursion sur la rivière avec Monsieur Dodgson, ce que nous faisions tout au plus quatre ou cinq fois au cours du trimestre d’été, il emportait toujours un panier plein de gâteaux et une bouilloire qu’il faisait chauffer sur un feu de brindilles. Plus rarement nous partions pour une journée entière, et alors il emportait toutes sortes de provisions — du poulet froid, de la salade et des tas de bonnes choses. Ce que nous aimions le mieux, c’était de remonter à la rame jusqu’à Nuneham et de pique-niquer dans le sous-bois, dans l’une des huttes construites à cet effet par Monsieur Harcourt. Monsieur Dodgson, à Oxford, était toujours vêtu de noir, comme un pasteur, mais, quand il nous emmenait sur la rivière, il portait des pantalons de flanelle blanche. Il remplaçait son chapeau noir par un chapeau de paille, mais, naturellement, il gardait ses chaussures noires, parce qu’à cette époque les tennis blancs n’avaient pas été inventés. Il se tenait toujours très droit, plus que très droit même, il avait l’air d’avoir avalé un manche à balai...»

Il me semble que l'on perçoit, dans ce dernier témoignage, la fragile ligne de démarcation entre Dodgson et Carroll, même si elle n'est symbolisée que par un changement de costume.
La lettre de Carroll à Alice est empreinte de tendresse et d'une triste résonance. Le neveu-biographe de Dodgson-Carroll dira que cette séparation a jeté à jamais une ombre sur la vie de son oncle...

[Crédit photo : Alice Liddell photographiée par J.M. Cameron.]

mardi 5 septembre 2006

Début de l'histoire...


Je dédie ce billet-ci et ce nouveau JIACO à mon ami Jean-Sébastien, une belle âme.

***


(Lewis Carroll est ici en compagnie de Madame Macdonald, en 1862.)


***


Lewis Carroll, de son vrai nom Charles Lutwidge Dodgson, naquit le 27 janvier 1832 à Daresbury, un petit village non loin de Manchester. Son père était prêtre de l'Église anglicane. Sa famille était conservatrice, appartenant à la moyenne bourgeoisie. L'armée et l'Église étaient les deux voies souhaitées. Son arrière-grand-père était évêque et son grand-père capitaine d'armée, mort en service.
Charles fut le troisième enfant (mais l'aîné des garçons) d'une très vaste famille (onze enfants, qui survécurent tous jusqu'à l'âge adulte — fait très rare à l'époque). Sa famille était de souche irlandaise avec des ramifications dans le nord de l'Angleterre également.
Il semble qu'il ait fait preuve d'un intellect précoce. A sept ans, il lisait déjà (comme Barrie),
The Pilgrim's Progress (un classique écrit par John Bunyan in 1678). À l'instar de Barrie, une nouvelle fois (les coïncidences sont nombreuses), il était à la fois gaucher et droitier. Gaucher d'instinct, on le contraignit à écrire de la main droite. Il en conçut, selon toute vraisemblance, un traumatisme, qui à mon sens est perceptible dans son oeuvre. Les lettres écrites en miroir (par Barrie et Carroll ne sont pas un hasard). Mais je ne veux pas anticiper sur des développements futurs.
Il était une créature à l'imaginaire précoce et fécond. Il inventait même des jeux pour ses frères et sœurs et montait, par exemple, des spectacles de marionnettes. Beaucoup d'écrivains manifestent cette aptitude, qui revêt plus de profondeur pour certains, qui emprunteront ensuite la voie de l'écriture (Barrie, les Brontë et bien d'autres).
À douze ans, on le mit en pension à Richmond, où, semble-t-il, il fut heureux. Un an et demi plus tard, il entra à la grande public school de Rugby. Il confessa, cette fois-ci, que sa vie là-bas fut très difficile.


J'avoue qu'aucune considération sur cette terre ne pourrait me convaincre de revivre à nouveau ces trois années.

Le régime des punitions y était fort sévère. On songe au goût très victorien pour les châtiments corporels... On a émis l'hypothèse que le jeune Charles avait été abusé dans son innocence, si l'on se fie à certains propos équivoques qu'il tint à ce sujet. Néanmoins, il y fit de bonnes études et, après quatre ans passés à Rugby, fut admis à Oxford (
Christ Church College), où il s'installa en janvier 1851 ; il devait y résider jusqu'à sa mort (1898).
Sa mère mourut d'une « inflammation du cerveau » (on retrouve cette expression sur le certificat de décès du frère de Barrie, c'est un terme vague à l'époque qui signifie tout et le contraire de tout ; peut-être s'agissait-il d'une méningite ou d'une attaque cérébrale), alors qu'il n'était que depuis deux jours à Oxford. Elle n'avait que quarante-sept ans. 

À Oxford, Charles fit des prodiges, sans pour autant être un travailleur acharné, et ne fut pas affecté, du moins en apparence, par ce décès abrupt. Son don éclatant pour les mathématiques lui valut un poste d'enseignant, qu'il conserva jusqu'à ses vingt-six ans. Il gagnait, ma foi, assez bien sa vie, mais s'ennuyait. Ses élèves étaient, pour la plupart, indignes de son intelligence : plus vieux et plus riches que lui, ils ne manifestant aucun intérêt pour ses leçons... L'indifférence était partagée des deux côtés ! En 1856, il commença à s'intéresser à la photographie et excella dans ce domaine très rapidement. Il exprima ses pensées intérieures, sa conception profonde du monde à travers ce medium. À la recherche d'une beauté essentielle, métaphysique ou divine, il trouvait cette perfection dans la photographie, dans les mots prononcés sur la scène d'un théâtre, mais aussi dans l'étrange fascination que peut procurer une formule mathématique. Il était sensible à l'harmonie du corps humain, dans lequel il filait la trace, les vestiges d'une innocence perdue.
De taille moyenne, Charles était plutôt séduisant.
Il avait des cheveux châtains bouclés et de beaux yeux bleus. La coqueluche s'empara de lui, à la fin de l'adolescence, vers dix-sept ans. La conséquence de cette maladie fut une perte importante de l'audition à l'oreille droite. Mais ce handicap fut mineur en comparaison de ce bégaiement qui l'affecta sa vie durant. La légende veut qu'il ne bégayait qu'en présence des adultes, mais jamais en compagnie des enfants... Les légendes sont ce qu'elles sont et pourquoi les détruire si elles donnent des couleurs seyantes au mythe ? Ce bégaiement n'empesa jamais les qualités qu'il déployait avec éclat en société. Par exemple, il chantait assez bien et ne renâclait jamais à user de ce talent en public. Il aimait s'adonner à des imitations et aux charades, son péché mignon. Sa volonté d'imposer sa marque en tant qu'écrivain et artiste était ferme et exprimée sans ambiguïté. Il écrivait beaucoup : de la poésie, des nouvelles qu'il envoyait à des magazines divers et variés, avec acharnement. Il obtint d'abord de modestes succès. L'humour et la satire étaient son style. Ce n'est qu'en 1856 qu'il publia son premier texte, dans un petit magazine, The Train, sous le nom qui allait le rendre célèbre jusqu'à nos jours, et bien au-delà, c'est évident. Ce petit poème s'intitulait Solitude.
Cette même année, un nouveau doyen arriva à Christ Church,
Henry Liddell. Il entraînait dans son sillage une épouse et des enfants, qui allaient beaucoup compter dans la vie de celui que l'on peut désormais nommer Lewis Carroll. Vous connaissez la suite... Il devint intime avec la mère et les enfants. Cela ne vous rappellerait pas l'histoire de Barrie, que je ne cesse de conter, ici et  ?
Ina, Alice et Edith Liddell étaient les enfants préférés.

Ils les emmenaient pique-niquer près de la rivière, à Godstow et Nuneham. Il fut ordonné diacre en
1861, mais il renonça à devenir prêtre, invoquant sa timidité et son bégaiement. Il s'arrangea cependant pour rester à Christ Church. Il y vivait dans une relative paix, entrecoupée parfois de conflits violents avec le doyen Liddell. Ce dernier était inquiet (à tort !) de son attachement pour Alice, mais aussi violemment pris à parti par des pamphlets virulents. Bien que publiés anonymement, leur auteur se révélait aisément. Carroll le mettait en accusation, lui et plusieurs des autorités d'Oxford. À ce sujet on peut lire Notes by An Oxford Chiel (1874). C'est au cours d'une de ses promenades, en 1862, avec les enfants Liddell, que Lewis Carroll inventa l'ébauche de l'histoire, qui allait devenir son premier et son plus grand succès, le premier livre consacré à Alice.

Alice Liddell (Alice Liddell à l'âge de 80 ans)

lui demanda, après avoir écouté l'histoire, qu'il la couche par écrit. Carroll avait une mémoire tellement puissante que la légende veut qu'il ait retranscrit mot pour mot cette histoire née dans la complicité au cours d'une promenade. Alice au pays des merveilles fut publiée en 1865. Le succès fut phénoménal.
La scission entre Dodgson et Carroll était désormais franche. Le double de Dodgson devint riche et célèbre et incarna un personnage aussi fameux que cette petite fille fictive à laquelle il avait donné naissance. Néanmoins, il continua à enseigner à Christ Church jusqu'en 1881 et demeura sur place jusqu'à sa mort. Il publia la suite d'Alice,
La Chasse au Snark (en 1876, et j'aurai le temps de vous reparler de ce titre qui donne naissance à cette page). Son dernier roman, en deux volumes, Sylvie et Bruno, fut publié en 1889 et 1893. Beaucoup de textes mathématiques furent publiés sous son nom réel. Il faut mentionner le célèbre Euclide et ses rivaux modernes, en 1879, réfutation humoristique des géométries non euclidiennes. En 1881, il ne renonce pas seulement à l'enseignement, mais aussi à sa passion oblique, la photographie.
(Editions Yale University Press )

Son goût pour les photographies de petites filles peu vêtues ou nues faisait jaser les mauvais esprits. Il en existe toujours pour salir la beauté et la pureté...
Dès lors, c'est la logique qui va devenir l'objet de tous ses soucis.
Ses collègues le nommaient « Dodgson-and-Carroll ». Avec force, il refusa toujours l'identification et, quelques mois à peine avant sa mort, décida de renvoyer tout courrier adressé à Lewis Carroll. Étrange énigme que celle-ci !
Docteur Jekyll et Mister Hyde ? Je crois que c'est à la fois plus simple et plus compliqué. Mais nous n'en sommes qu'au prélude.
C'est pourtant sous son pseudonyme qu'il se présentait aux petites filles, très nombreuses, avec lesquelles il entrait en conversation et en correspondance. Il avait mis au point un système impressionnant pour « gérer » (le mot est laid, mais il s'agit de cela) son courrier. Il avait coutume de leur laisser en cadeau un exemplaire d'
Alice. Mais, si la sympathie était plus affirmée, elle s'exprimait par une volumineuse correspondance dont le temps nous a heureusement laissé la trace.
Il meurt le 14 janvier 1898 d'une pneumonie violente (comme Barrie).

Qui suis-je ?

Ma photo
Holly Golightly
Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
Afficher mon profil complet

Où il est question de Lewis Carroll et de son double, Charles Lutwidge Dodgson...




Si vous désirez m'écrire, vous pouvez le faire en cliquant sur l'image ci-dessous :



Voyages

« Quand je lisais des contes de fées, je m'imaginais que des aventures de ce genre n'arrivaient jamais, et, maintenant, voici que je suis en train d'en vivre une ! On devrait écrire un livre sur moi, on le devrait ! »