dimanche 7 janvier 2007

Arthur Rackham et Alice

Je poursuis lentement une très petite collection virtuelle, sur cette page, d'illustrations des travaux de Lewis Carroll, et en particulier d'Alice. La prochaine fois, je déposerai quelques photocopies des sublimes dessins de Mervyn Peake. Mais j'aimerais aussi avancer un peu dans la publication d'articles un peu "sérieux" autour de Lewis Carroll. Pour l'heure, je gratifie le lecteur bienveillant des illustrations du merveilleux Rackham. Tout le monde les connaît, mais il est toujours doux de les revoir. Si vous cliquez sur les images, elles s'agrandiront.
Chronicle Books a édité une reproduction de ces illustrations avec le texte de Lewis Carroll. Le livre n'est pas toujours aisé à trouver en état neuf, mais je ne crois pas qu'il soit épuisé.

Alice in Wonderland, Illustrations d' Arthur Rackham, 1907, extraites d'une édition limitée de 1130 exemplaires. Non, hélas, je ne la possède pas. Les dessins de Rackham sont parues en 1907, soit un an après sa contribution au Peter Pan (celui du Petit oiseau blanc). Dans un cas comme dans l'autre, ce qui étonne le plus est peut-être cette impression de réalité dégagée par tous les personnages, même les plus fantastiques, qui ont un air humain, mais sans pour autant perdre leur identité floue et errante de personnages d'un autre monde. Probablement que le plaisir que nous éprouvons à admirer ses oeuvres, à baigner nos prunelles dans les ombres marquées de ses dessins provient d'une étrange impression de proximité,mais non pas de familiarité pour autant...
En cela, il m'est avis que le travail de Rackham est davantage en harmonie avec Barrie qu'avec Lewis Carroll, qui est certainement plus cérébral et abstrait que Jamie, et se trouve toujours trahi par l'image censée ouvrir une fenêtre dans son univers à la syntaxe déconstruite et sans cesse reconstituée d'un mot l'autre.
La vision de Tenniel est différente, cependant je crois qu'elle ne peut qu'échouer tout autant, malgré sa beauté et son utilité - réduire en tout état de cause le signifiant béant de l'oeuvre carrollienne.
Je cite ici Marc Thivolet, dans son article pour L'Encyclopaedia Universalis, car ses propos sont d'après moi très justes : « Les gravures réalisées pour le livre de Carroll révèlent en Tenniel un illustrateur et un caricaturiste. Ses illustrations pour Alice sont devenues pour la plupart des lecteurs indissociables de cette œuvre. On peut dire qu'elles constituent une sorte de garde-fou. Elles imposent à un texte sans précédent dans l'histoire de la littérature une convention issue de l'expérience de la caricature. Un conflit opposa l'illustrateur à l'auteur à propos de la représentation du personnage d'Alice. Le passage de la lecture du texte à sa transposition dans le domaine de l'image restreint singulièrement l'apport verbal de l'écrivain anglais et son pouvoir de contagion. En effet, les illustrations de Tenniel insistent sur la fonction "imageante" de l'écriture et nous montrent des personnages figurés dans un espace-temps semblable au nôtre alors que Carroll s'affranchit précisément de ces limitations. Dans la réduction qu'opère Tenniel, le nonsense du récit est conjuré par la fixité de formes qui recréent une pseudo-familiarité.»
Le style de Rackham, dans sa perfection et par le pouvoir d'enchantement qui lui est propre, est tellement imposant qu'il a tendance à plus ou moins vampiriser l'histoire qu'il sert, alors que Tenniel ne fait qu’apposer une vision transparente, qui ne trouble pas l'histoire, qui laisse le texte visible. Rackham est plus exigeant. Il suffirait de peu pour que l'image de Rackham vole ses droits à l'histoire. Mais non ! Il ouvre simplement une autre dimension, comme s'il existait en chaque chose un tiroir secret.

On remarquera la différence majeure qui existe entre l'Alice de Sir John Tenniel et celle de Rackham. Celle d'Arthur Rackham paraît plus réservée et mieux éduquée que celle de Tenniel, (Cf. ses illustrations ici, par exemple) qui a une allure plus vagabonde et polissonne. Celle-ci est davantage petite fille, quand la demoiselle pointe le bout de son nez dans les façons de l'autre.














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Holly Golightly
Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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« Quand je lisais des contes de fées, je m'imaginais que des aventures de ce genre n'arrivaient jamais, et, maintenant, voici que je suis en train d'en vivre une ! On devrait écrire un livre sur moi, on le devrait ! »