samedi 7 avril 2007

Autour d'Alice tourne le monde

Elle s'appelle Louise.

Je crois qu'elle s'appelle Louise, même si les prénoms Alice ou Estrella lui conviendraient mieux.

J'ai acheté, hier, trois de ses œuvres. J'ai eu envie d'abriter dans mon univers un peu du sien et j'aime l'idée que mon petit geste lui permettra de continuer à créer.
Vous pouvez également acheter ses créations via sa boutique dont vous trouverez l'adresse sur son journal en ligne, qui s'intitule tout simplement, Art and Ghosts.
Cette artiste fait cliqueter en tout sens mon inconscient, sans que je puisse expliquer les tenants et les aboutissants de cette passion qui égorge souffrance et plaisir dans la vision que nous avons d'elle, à travers les trois ou quatre séries qu'elle nous offre, et qui ne laisse au final qu'une forme d'émerveillement crevé au cœur et à l'esprit. J'ai choisi de déposer un léger rai de lumière pailletée sur son travail autour du personnage d'Alice, puisque vous savez bien que cette page ne parle que de M. Lewis Carroll / Charles Dodgson et de son oeuvre.

Il est facile d'évoquer les contes de fées, un manteau d'ombre et de sang, une tendance cauchemardesque hoffmannienne ou gothique en regardant ces divers photomontages, qui sont presque des tableaux classiques parfois, mais je crois que son originalité n'a pas de nom. J'ai passé deux heures hier en sa compagnie, hypnotisée devant les diverses photographies de cette jeune femme, avant de comprendre que ce qui me fascinait tant n'était rien d'autre que mon état d'âme, le reflet de mes maux et de leur guérison qui s'égrenait, narcissique, d'image en image.

Non, je n'aurais pas la prétention de penser que je possède une once de son talent, mais ce que j'écris dans mes fictions comporte le genre d'images qui vivent dans ses créations. L'effroi est toujours feuilleté avec la sucrerie et le sang se mélange aux larmes et à la sève qui tombe goutte à goutte de l'arbre d'enfance. Il en va de même avec l'oeuvre de Carroll et c'est bien la raison pour laquelle elle se prête si bien à toutes les interprétations, y compris et surtout celles qui proviennent des catacombes de notre esprit.














































Je ne suis guère étonnée que, dans ses influences, elle reconnaisse une dette envers l'Alice (Cf. le billet de Florizelle) de Jan Svankmajer, aux The Quay Brothers (des jumeaux qui vivent ailleurs) ou encore qu'elle aime le film Innocence de Lucile Hadzihalilovic (découvert, pour ma part, grâce à Fauna).

Il existe un lien évident entre toutes ces œuvres qui s'ouvrent sur un abîme intérieur et dont l'ambiguïté nous oblige à nous regarder dans le miroir de notre inconscient.

Le cinéma tchèque n'est, hélas, pas assez connu en France. Il demeure, néanmoins possible de découvrir le chef-d'oeuvre dont je vous parle plus haut.
Il est nécessaire de voir ce film, non seulement pour sa poésie intrinsèque, mais aussi pour tous ceux qui aiment Alice, car il nous livre comme la version sous-jacente à l'oeuvre de Lewis Carroll ou son négatif.

Dans le même ordre d'idées, qui est celui du souterrain et du lumineux, de l'abyssal, voire du stomacal, il faut rendre hommage au film de Terry Gilliam, d'après le roman éponyme de Mitch Cullin.


« En soulevant les cailloux les uns après les autres j'ai fredonné la chanson. La femme-fantôme allait trouver mon signe universel de l'amitié et ça la ferait sans doute rire, ou au moins sourire. Elle se mettrait à siffler sa jolie mélodie, pleinement consciente que quelqu'un se souciait d'elle. Je prévoyais de revenir le lendemain, voir ce qu'elle aurait fait avec les cailloux cette fois. Mais ça ne s'est pas passé comme ça. »


Impossible de s'arrêter pour adresser une prière en prose à ce film après ma Fauna. Toutefois, j'éprouve le besoin de dire mon admiration pour ce film dérangeant, cauchemardesque et pur, qui évoque lui aussi Alice en filigrane et la mythologie du terrier comme métaphore de la tombe.

Alice, encore et toujours.
Et si Alice était finalement, ici et là, la figure de l'enfance abandonnée à elle-même, négligée et estropiée par des adultes inconsidérés ? Alice est peut-être une image de l'ange éternel, qui porte aussi le beau nom d'imagination, et qui demeure en chaque enfant en danger pour le sauver du monde, triste, vaniteux et faux des grandes personnes. Celles-ci ont tellement perdu leurs facultés d'imagination, n'en étant plus dignes, car elles connaissent soudain la peur — véritable raison de la chute originelle selon moi — qu'elles en recherchent les effets dans des paradis dits artificiels pour affronter ce qui est très naturel aux enfants, la mort. Oui, la mort ne choque pas les enfants autant que nous, jusqu'à un certain âge en tout cas, qui est celui dit « de raison » (sept ans environ) et pour certains d'eux, chanceux, le prodige dure encore plus longtemps... Il semble que ce soit le cas de Jeliza, contrairement à son double inversé, la sorcière de ce conte baroque qui empaille tout ce qui meurt par terreur de l'enfouissement et de la décomposition.
Ne pas oublier que la mort est la mère très attentionnée de l'imagination. En grandissant nous repoussons la première, sans savoir que ce rejet nous fait perdre notre seule défense ou échappatoire face à elle : le jeu, le Make-believe, Neverland, l'île au trésor, le terrier... L'imaginaire roi.

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Holly Golightly
Dilettante. Pirate à seize heures, bien que n'ayant pas le pied marin. En devenir de qui j'ose être. Docteur en philosophie de la Sorbonne. Amie de James Matthew Barrie et de Cary Grant. Traducteur littéraire. Parfois dramaturge et biographe. Créature qui écrit sans cesse. Je suis ce que j'écris. Je ne serai jamais moins que ce que mes rêves osent dire.
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« Quand je lisais des contes de fées, je m'imaginais que des aventures de ce genre n'arrivaient jamais, et, maintenant, voici que je suis en train d'en vivre une ! On devrait écrire un livre sur moi, on le devrait ! »